Historique

 

Héritage autochtone

La Ville de Sainte-Anne-de-Bellevue est située sur un lieu de passage emprunté par les amérindiens avant l’arrivée des européens sur le territoire. Il porte alors les noms de Tiotenactokte (en algonquin : Ici sont les derniers encampements) ou Skanawetsy (en iroquois : Eaux vives). Ces deux toponymes illustrent précisément la situation géographique particulière de ce qui deviendra Sainte-Anne.

À cette période – et encore aujourd’hui – les rapides étaient des lieux de pêche très prisés étant donné la qualité et la quantité de poissons disponibles. Samuel de Champlain est  le premier Européen connu à avoir visité et cartographié la région en remontant la rivière Outaouais en 1613. Les autochtones qui le guidaient connaissaient bien l'importance stratégique de cette pointe située au confluent de la rivière des Outaouais et du fleuve Saint-Laurent.

L’héritage autochtone est souligné par la Ville au parc Kelso, où un pin blanc a été planté en  2005 dans le cadre d’un programme  d’échange culturel entre Kahnawake et la Ville de Sainte-Anne-de-Bellevue.

En 2017, la Ville a inauguré une plaque commémorative en l’honneur de la nation mohawk au même endroit. Cette plaque s’inscrit dans engagement de la Ville à faire connaître, aux citoyens et aux visiteurs, l’histoire et les événements marquants de la Ville et elle exprime notre  alliance avec la nation mohawk et notre engagement commun envers l’environnement. Cette alliance  s’affirme également par la traduction de la plaque en langue mohawk afin de rendre hommage aux membres de la nation mohawk qui étudient au Collège John Abbott et à l’Université McGill.

 

Les débuts (1663-1712)

1700, Travail des sulpiciens

Sainte-Anne et les îles avoisinantes sont un lieu de contact stratégique avec les Amérindiens dès le XVIIe siècle, de même qu’un poste avancé pour la défense de la colonie française. Située originellement sur une pointe de la Baie d'Urfé (aujourd'hui Pointe Caron), les débuts de la paroisse de Sainte-Anne remontent vers l'an 1663. À cette époque, l’église de Sainte-Anne est la dernière halte obligée sur l’île de Montréal pour tous les voyageurs se rendant aux Grands Lacs. Monseigneur de Laval s'est rendu sur le haut de l'île en compagnie de Messieurs les Abbés Berny, curé de Lachine et Dollier de Casson, vicaire général, pour y fixer les bornes de la Mission Saint-Louis. Celle-ci comprenait alors tout le bout de l'île, incluant Pointe-Claire, l'Île-Perrot, Soulanges, Vaudreuil et l'Île aux Tourtes. Cette mission était desservie par Monsieur l'Abbé François d'Urfé (dont la municipalité voisine porte, de nos jours, le nom) et a été maintenue comme telle de 1677 à 1703, année de la nomination du premier curé résident et de l'ouverture des registres de la paroisse. L'érection canonique a eu lieu le 20 septembre 1685 et la paroisse est nommée officiellement Saint-Louis-du-Bout-de-l'Île.


Au cours des années 1672-1680, Louis XIV ordonne de morceler cette partie de l'Île en fiefs, dont un est concédé à des colons et reçoit le nom de fief Bellevue. C'est pour évoquer le souvenir de ce dernier que la paroisse reçoit le nom de Bellevue. Le vocable Sainte-Anne, quant à lui, est donné à la suite de circonstances bien intrigantes.

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, le secteur demeure un important lieu de passage pour les voyageurs en transit vers les Grands Lacs. 

Au début de son histoire, la mission subit les menaces incessantes des Iroquois et doit se replier. M. l'Abbé d'Urfé transfère ses registres à Lachine et la mission elle-même se transporte en tête des rapides, à proximité des forts de Senneville et de l'Île aux Tourtes. Sur cette dernière, Monsieur l'Abbé de Breslay continue, dans l'humble chapelle, l'œuvre de son prédécesseur l'Abbé d'Urfé: l'apostolat missionnaire. Le nombre des Iroquois venant s'établir près des forts grandit sans cesse, aussi la chapelle devient bientôt trop petite.


Un évènement miraculeux

Vers 1712, l'Abbé de Breslay, rentre de visiter des malades à la nuit tombée et est pris dans une violente tempête de neige. Son cheval s'égare, s'emballe et finalement, le renverse sur la glace. La jambe fracturée, l'Abbé de Breslay se voit sans secours humain possible. Il fait vœu de faire ériger une chapelle consacrée à la bonne sainte Anne s'il se sauve de cette mésaventure. Il a l'heureuse surprise, quand il revint à lui, de se trouver dans son lit, sans savoir comment il y est parvenu. Dès lors, il s'empresse de mettre tout en œuvre afin de réaliser sa promesse. Non loin de la grève, s'élevera bientôt la première église connue sous le nom de Sainte-Anne.

 

Développement du milieu urbain (1750-1872)

Maison Simon Fraser © Héritage Montréal

À compter de la fin des années 1780, des immigrants écossais, associés à la Compagnie du Nord-Ouest, s’installent à Sainte-Anne-de-Bellevue. Simon Fraser (1776-1862), marchand de fourrures important, y possède une maison construite vers 1800.

Au début des années 1830, le secteur acquiert une vocation industrielle. En 1831-1835, Edward Thomas Jones fait construire un moulin à farine sur un emplacement loué par les seigneurs sulpiciens. Le site, localisé sur le bord du rapide à l’emplacement de l’écluse actuelle (à la hauteur de la rue de l’Église), se développe assez rapidement. Quelques années plus tard, le moulin à farine est entouré de plusieurs bâtiments, dont une forge, une remise à bois, un entrepôt et un moulin utilisé pour le foulage et le cardage de la laine. 

En 1840-1843, le gouvernement fédéral construit l’écluse et le canal de Sainte-Anne-de-Bellevue. L’endroit choisi longe le canal d’amenée d’eau des moulins à farine et à carder d’Edward Thomas Jones. Les travaux permettent la construction d’une écluse en maçonnerie de pierre taillée de près de 60 mètres de long par 13,7 de large. Le canal est délimité en amont par des caissons conducteurs et une jetée de bois qui se prolonge jusqu’à la tête d’un rapide. En aval, une autre jetée mène à l’écluse. 

Ouvert en 1843, le canal et l'écluse constituent la porte d’entrée de la rivière des Outaouais et ils jouent un rôle très important dans le commerce maritime canadien. Le canal constitue alors l’unique voie d’accès vers les Grands Lacs et s’intègre dans l’axe navigable Montréal-Ottawa-Kingston. Tout au long du 19e siècle, les cageux défilent à bord des radeaux de bois en provenance des forêts de l’Outaouais ou de la Gatineau. Des dizaines de milliers de passagers transitent par le canal à bord de bateaux à vapeur. L’ouverture du canal favorise le développement de la localité. En 1845, la municipalité de Sainte-Anne-du-Bout-de-l’Île est créée. 

 

La ville (1878-aujourd'hui)

Édifice principal - Collège Macdonald, 1908 © Musée McCord

La municipalité du Village de Sainte-Anne-de-Bellevue a été fondée le 18 avril 1878. Le Village est incorporé en ville le 12 janvier 1895, en vertu de l'Acte 58 Victoria chapitre 56

En 1891, le Canadien Pacifique aménage un pont ferroviaire au-dessus du canal de Sainte-Anne, parallèlement à celui du Grand Tronc. 

À la fin du 19e siècle, les rives de Sainte-Anne sont recherchées principalement par la bourgeoisie montréalaise anglophone, qui en fait un lieu de villégiature. En cela, Sainte-Anne suit le mouvement qui touche tout l’ouest de l’île : clubs nautiques, hôtels, courts de tennis, terrains de golf témoignent sur les lieux des activités estivales de cette époque.

D’autre part, au début du 20e siècle, les immenses campus du collège MacDonald et du collège John-Abbot modifient la dynamique sociale et urbaine du village. Le personnel attaché à ces institutions s’établit soit dans des bâtiments qui leur sont réservés, soit à l’extérieur du campus, augmentant ainsi la population locale. Bien que le village se développe, il est confiné dans son expansion à la partie sud du territoire, puisque les grands propriétaires institutionnels – les campus des deux collèges et l’Arboretum Morgan – occupent une partie importante du territoire.

Point d’arrêt en raison des écluses, mais aussi à cause de la présence de deux compagnies de chemin de fer, le Canadien National et le Canadien Pacifique, Sainte-Anne devient une petite ville animée : manufacture, moulin à scie, cinéma et hôpital militaire s’y installent.

En effet, c'est en 1917 que le Gouvernement Fédéral fait ériger un hôpital destiné à donner des soins aux vétérans de la première guerre mondiale, l'Hôpital des anciens combattants. La Garden City Press, qui imprime des revues techniques de grande valeur, s'installe dans la ville en 1919.

En 1918 s'installe à Sainte-Anne la Garden City Press, une entreprise importante dans l’histoire urbaine et économique de la municipalité et qui se distingue des entreprises conventionnelles. Il s’agit d’une imprimerie de manuels scolaires et de matériel éducatif destiné aux travailleurs mise sur pied par J.-J. Harpell. Celui-ci choisit le site en fonction des nombreux avantages qu’offre la municipalité. Bien qu’éloigné du centre-ville de Montréal, le site est à proximité des deux voies ferrées qui traversent le secteur et qui permettent des expéditions rapides partout au Canada. Cet homme d’affaires est influencé par les théories du britannique Ebenezer Howard, qui propose l’organisation de cités-jardins pour éliminer l’insalubrité des villes. Dans cet esprit, Harpell veut aider ses employés à acquérir une propriété et il porte attention à l’aménagement du territoire qui entoure l’usine.

Garden City Press, 1933
© Musée McCord

En 1918, rues, parcs et infrastructures urbaines sont développées et 25 maisons sont construites près de l’imprimerie pour les travailleurs. Pendant la Grande crise, Harpell engage des chômeurs pour planter des arbres et demande à Frederick Todd de créer un luxueux jardin japonais avec étang en face de la Garden City Press, dont malheureusement rien ne subsiste aujourd’hui. En 1945, il transfère le contrôle de l’entreprise à une coopérative ouvrière.

En 1924, le gouvernement du Québec construit le pont Galipeau qui surplombe le canal de Sainte-Anne et relie l’île Perrot à Sainte-Anne-de-Bellevue. 

Le chemin de fer ayant supplanté la navigation comme moyen de transport, le canal et les écluses changent de vocation. Aujourd’hui, des croisières sont proposées aux visiteurs et les écluses sont utilisées par les plaisanciers. Au cours des années 1960, les bâtiments érigés au 19e siècle sont démolis et remplacés par d’autres, qui sont encore en place aujourd’hui. En 1987, une promenade piétonnière et cyclable est aménagée en bordure du canal. 

La municipalité de Sainte-Anne-de-Bellevue est intégrée à la ville de Montréal en 2002. Cinq ans plus tard, Sainte-Anne-de-Bellevue est reconstituée en municipalité autonome. 

L'évolution de Sainte-Anne-de-Bellevue a avancé à pas de géant dans le dernier siècle. Aujourd'hui, grâce à l'aéroport Pierre-Elliott-Trudeau à Dorval et aux visites quotidiennes des plaisanciers venus du Québec et des États-Unis, les quatre coins du monde sont à nos portes!